Tensions sur le marché du médicament : Fabricants et importateurs sous ultimatum
Des tensions affectent des derniers jours le marché du médicament et pourtant des entrepôts de grossistes et de fabricants regorgent de stocks. Dans ce contexte, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouassim Kouidri, a décidé de trancher dans le vif.
Dans une note adressée jeudi aux établissements pharmaceutiques, il a désigné nommément les responsables des tensions d’approvisionnement et fixé un ultimatum sans appel — libérer les stocks sous 48 heures à cinq jours, ou faire face au retrait de l’agrément.
Le point de départ de cette mise en demeure est une enquête conduite par les propres services du ministère. Leur verdict est sans équivoque. « Il m’a été donné de constater que certains produits pharmaceutiques, signalés par des membres du dispositif de veille et de surveillance comme étant en situation de tension ou de rupture au niveau des officines pharmaceutiques », écrit Kouidri dans la note publié par son département ministériel, « demeurent disponibles au sein des stocks détenus par des établissements pharmaceutiques d’importation, de fabrication ou de distribution en gros. » La pénurie que subissent les patients n’est donc pas une pénurie réelle : c’est une pénurie de circuit, entretenue par des acteurs qui retiennent leurs marchandises au lieu de les écouler vers les pharmacies.
L’enjeu est considérable. Les tensions récurrentes sur certains médicaments — notamment des traitements chroniques et des spécialités à faible marge — figurent parmi les griefs les plus vifs que les citoyens algériens nourrissent à l’égard du système de santé. C’est ce court-circuit que le ministre entend interrompre par la contrainte, faute d’avoir pu l’enrayer par la régulation ordinaire.
La réponse du ministère est donc à la fois administrative et comminatoire. Kouidri a ordonné aux établissements impliqués de procéder immédiatement à la mise sur le marché de leurs « stocks disponibles, conformément aux dispositions réglementaires en vigueur, afin de satisfaire les commandes des officines pharmaceutiques sur l’ensemble du territoire national, dans un délai compris entre 48 heures et cinq jours au maximum ». Ce calendrier serré ne laisse aucune latitude à ceux qui seraient tentés de jouer la montre.
Pour s’assurer de l’exécution de ses instructions, le ministre a annoncé le déploiement immédiat de missions de contrôle. « Des missions d’inspection seront diligentées par les services habilités du ministère afin de s’assurer de la stricte application des dispositions de la présente instruction », précise la note. Et le régime de sanctions est explicitement gradué jusqu’à l’irréversible : « tout manquement constaté est susceptible d’entraîner l’application des sanctions prévues par la réglementation en vigueur, pouvant aller jusqu’au retrait de l’agrément. De même, toute pratique illégale de spéculation, de rétention de stocks ou de ventes concomitantes fera l’objet de sanctions conformément aux dispositions réglementaires applicables. » par cette note, l’Exécutif envoie un message clair, il n’acceptera aucun disfonctionnement des chaînes d’approvisionnement et entend frapper d’une main de fer les pratiques frauduleuses et spéculatives.
Samir Benisid

