Fraude fiscale, corruption et blanchiment d’argent : La DGI renforce son arsenal
Trois ministres réunis au siège du ministère des Finances, deux accords signés le même jour, trois institutions mobilisées : l’Algérie a franchi mardi un pas significatif dans la structuration de son dispositif de lutte contre le crime économique et financier. La Direction générale des impôts (DGI) a officialisé des partenariats formels avec le Commandement de la Gendarmerie nationale (GN) et l’Office central de répression de la corruption (OCRC). La cérémonie, présidée conjointement par le ministre des Finances Abdelkrim Bouzred, le ministre de la Justice et garde des Sceaux Lotfi Boudjemaa, et le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, le général-major Mohamed Salah Benbicha, témoigne du niveau politique accordé à cette initiative. La présence du commandant de la Gendarmerie nationale, le général-major Berroumana Sid Ahmed, aux côtés des directeurs généraux des institutions signataires, soulignait davantage encore le caractère stratégique de l’événement. Le premier accord a été paraphé par le directeur général des impôts, Djamel Hanniche, et le commandant de l’École supérieure de la GN, Djaafar Mohamed. Le second l’a été entre Hanniche et le directeur général de l’OCRC, Khedairia Karim. Deux textes distincts, mais un objectif commun : doter l’État d’un arsenal coordonné contre des phénomènes qui se nourrissent précisément des cloisonnements institutionnels — fraude fiscale, évasion, corruption, blanchiment d’argent, financement du terrorisme et enrichissement illicite. Selon le communiqué de la DGI, la signature de ces accords constitue « une étape stratégique visant à renforcer l’échange des informations et à intensifier la coordination opérationnelle entre différents acteurs, notamment à travers l’adoption de moyens numériques sûrs et modernes qui permettent de rehausser l’efficacité de la lutte contre le crime économique et financier, sous toutes ses formes ». La dimension technologique n’est pas accessoire : elle traduit la volonté de rompre avec des pratiques de transmission de données lentes et fragmentées, souvent exploitées par les contrevenants pour gagner du temps face aux procédures de contrôle. Les deux accords entendent également, poursuit le même communiqué, « mettre en place un cadre régissant la coopération dans la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, la lutte contre la corruption, le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et l’enrichissement illicite, sans oublier l’échange d’expertises et l’organisation de programmes communs de formation ». Ce volet formation est loin d’être secondaire : il vise à forger des profils d’agents capables de détecter des montages financiers de plus en plus sophistiqués, à l’heure où la criminalité économique emprunte des circuits numériques et transnationaux difficiles à tracer.
Sur le fond, ces accords s’inscrivent dans la continuité des orientations des autorités publiques en matière de gouvernance économique. L’Algérie a, ces dernières années, multiplié les signaux en direction des investisseurs et des institutions internationales pour attester de sa détermination à assainir son environnement des affaires. La DGI précise que les deux conventions visent « à protéger l’économie nationale, à renforcer la transparence et à lutter contre les différentes formes de fraude, d’évasion fiscale et de corruption, en appui aux efforts de l’État pour protéger les deniers publics et ancrer les principes de bonne gouvernance ».
La DGI conclut en affirmant que cette initiative « reflète une volonté commune d’unifier les efforts entre différentes institutions de l’État et de renforcer la complémentarité dans l’action de contrôle, sécuritaire et judiciaire, à même de contribuer à une lutte efficace et durable contre le crime économique et financier et de consacrer un climat de confiance et de transparence dans les transactions économiques ». Une ambition lisible, dont la portée réelle se mesurera à l’aune des résultats opérationnels que produira, dans les mois à venir, cette nouvelle architecture de coopération entre le fisc, la gendarmerie et l’anticorruption.
Malik Meziane

