Un cadre de dialogue « renouvelé » entre Alger et Bruxelles
Alger consolide son partenariat énergétique et diplomatique avec Bruxelles.
La visite officielle de la Commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Suica, à Alger, lundi et mardi, a offert à l’Algérie l’occasion de réaffirmer son rôle de partenaire incontournable de l’Union européenne, aussi bien sur le terrain énergétique que dans le cadre plus large du dialogue politique méditerranéen. En deux jours et deux rencontres au sommet — avec le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, puis avec le ministre d’État aux Affaires étrangères, Ahmed Attaf —, les deux parties ont dressé un état des lieux ambitieux de leurs relations bilatérales et tracé les contours d’une coopération élargie, adossée au nouveau « Pacte pour la Méditerranée » lancé par la Commission européenne en octobre 2025.
C’est au ministère des Hydrocarbures que s’est ouverte, lundi, la séquence diplomatique. Mohamed Arkab a accueilli Mme Suica pour un entretien centré sur l’énergie, secteur qui continue de structurer en profondeur les relations algéro-européennes. Le ministre a d’emblée posé le cadre : la coopération dans les hydrocarbures est « un pilier essentiel du partenariat entre l’Algérie et l’UE, en raison de son rôle central dans le soutien à la stabilité économique et la garantie de la sécurité des approvisionnements énergétiques ». Un constat qui n’a rien d’anodin dans un contexte où l’Europe reste structurellement dépendante du gaz naturel algérien, acheminé via les gazoducs Medgaz et Transmed vers l’Espagne et l’Italie.
Arkab a également exposé les réformes engagées par Alger pour attirer les investisseurs étrangers dans le secteur : un nouveau cadre juridique censé offrir « un environnement d’investissement plus attractif et flexible », des procédures simplifiées, une plus grande transparence. Il a invité explicitement les entreprises européennes à « renforcer leur présence sur le marché algérien », soulignant que les conditions sont désormais réunies pour des « partenariats stratégiques pérennes ». Au-delà de l’exploration et de la production, les discussions ont porté sur le développement des infrastructures aval — raffinage, pétrochimie — ainsi que sur les technologies de réduction des émissions carbone et les projets de captage et de stockage du CO₂, révélant une volonté algérienne de s’inscrire dans la transition énergétique sans pour autant sacrifier ses ressources conventionnelles.
De son côté, la Commissaire européenne a présenté les grandes lignes du « Pacte pour la Méditerranée », ce cadre rénové que Bruxelles entend déployer pour revitaliser le partenariat euro-méditerranéen autour de la stabilité, du développement économique et de la coopération énergétique. Elle s’est félicitée de « la qualité des relations bilatérales » et de « l’intérêt croissant des entreprises européennes pour le marché algérien », avant de souligner « le rôle important de l’Algérie en tant que partenaire fiable dans le renforcement de la sécurité énergétique européenne ». Des mots qui confirment le positionnement stratégique d’Alger pour Bruxelles.
Davantage de dynamisme et d’équilibre
Le lendemain, mardi, c’est Ahmed Attaf qui a reçu Mme Suica au siège du ministère des Affaires étrangères, pour élargir la discussion à l’ensemble du partenariat algéro-européen. Selon le communiqué du ministère, la rencontre a « permis de procéder à une évaluation globale des différentes dimensions » de ce partenariat et d’examiner « les moyens de lui insuffler davantage de dynamisme et d’équilibre », conformément aux objectifs du Pacte pour la Méditerranée. Les domaines visés couvrent un spectre large : investissement, commerce, énergie, économie verte, enseignement supérieur et mobilité des personnes. Les deux parties ont aussi évoqué « les défis actuels en matière de développement et de sécurité dans le bassin méditerranéen », en insistant sur « l’importance du renforcement de la coordination commune afin d’y apporter une réponse efficace et durable ». Une formulation diplomatique qui renvoie, sans les nommer, aux crises qui traversent la région : le conflit à Ghaza, l’instabilité au Sahel, les tensions en Libye et les pressions migratoires qui en découlent. Le « Pacte pour la Méditerranée » offre un cadre nouveau pour renouer avec une ambition partagée que le processus de Barcelone, lancé en 1995, n’avait jamais pleinement tenue. Reste à transformer l’élan diplomatique de ces deux jours en engagements concrets.
Salim Amokrane

