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Pékin pour un sommet avec Xi Jinping : L’Iran et le détroit d’Ormuz au cœur des discussions

Donald Trump a entamé mercredi une visite d’État de trois jours en Chine, la première d’un président américain en exercice depuis 2017, dans un contexte dominé par le conflit en cours avec l’Iran, la fermeture du détroit d’Ormuz et des relations sino-américaines sous tension sur plusieurs fronts à la fois. Il sera reçu jeudi par Xi Jinping au Grand Palais du Peuple pour un sommet dont l’enjeu dépasse largement le cadre bilatéral. Accueilli à l’aéroport international de Pékin-Capitale par le vice-président chinois Han Zheng, avec les honneurs militaires et une fanfare, Trump n’avait aucun engagement officiel prévu pour le reste de la journée après l’atterrissage d’Air Force One à 11h50 GMT. Il est accompagné du secrétaire d’État Marco Rubio, du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, ainsi que de plusieurs patrons de grandes entreprises américaines, dont Jensen Huang de Nvidia et Elon Musk de Tesla. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent doit les rejoindre à Pékin après des discussions commerciales menées en Corée du Sud avec le vice-Premier ministre chinois He Lifeng. La Première dame Melania Trump ne participe pas au déplacement.

Les deux dirigeants ont un agenda chargé : Taïwan, les droits de douane, les restrictions technologiques et le contrôle chinois sur les terres rares figurent à l’ordre du jour, aux côtés du dossier iranien. Pékin a indiqué que les entretiens porteraient sur les «grandes questions concernant les relations sino-américaines, la paix mondiale et le développement». Washington, de son côté, compte aborder les ventes d’armes américaines à Taïwan ainsi que le cas de Jimmy Lai, le magnat hongkongais des médias actuellement emprisonné.

Mais c’est la guerre au Moyen-Orient qui donne à cette visite sa dimension la plus urgente. Déclenchées le 28 février par des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, les hostilités ont entraîné des représailles contre l’entité sioniste et les bases américaines dans le Golfe, et abouti à la fermeture du détroit d’Ormuz. Un cessez-le-feu prolongé est actuellement en vigueur, mais la situation reste précaire. Téhéran aurait rendu opérationnels 30 de ses 33 sites de lancement de missiles le long du détroit, selon des responsables du renseignement américain cités par le New York Times.

Téhéran ne cède rien

Le conflit a déjà coûté 29 milliards de dollars aux États-Unis selon le contrôleur par intérim du Pentagone Jules Hurst, même si des responsables américains évoquent en interne un chiffre pouvant approcher les 50 milliards.

L’Iran, de son côté, a clairement posé ses conditions. «Notre contrôle du détroit d’Ormuz générera d’importantes recettes économiques pour notre pays, pouvant même doubler nos revenus pétroliers, et renforcera notre influence sur la scène internationale», a déclaré Mohammad Akraminia, porte-parole de l’armée iranienne. Le président de la commission parlementaire iranienne sur la sécurité nationale, Ebrahim Azizi, a pour sa part confirmé qu’un plan de gestion de la voie navigable avait été finalisé. Téhéran entend faire du détroit un levier stratégique durable. Après le rejet par Trump de la proposition iranienne en 14 points, que le président américain a qualifiée de bonne «à mettre à la poubelle», le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a exclu tout amendement : «Il n’y a pas d’autre choix que d’accepter les droits du peuple iranien, tels qu’établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse», a-t-il écrit sur X.

C’est dans ce contexte que Pékin joue une partition particulière. La Chine achète plus de 80 % du pétrole iranien et a un intérêt direct à la réouverture du détroit. Elle a réitéré ses appels au dialogue et demandé au Pakistan d’«intensifier» ses efforts de médiation entre Téhéran et Washington, selon des propos du ministre des Affaires étrangères Wang Yi rapportés par l’agence Chine Nouvelle. Washington accuse pour sa part Pékin de soutenir les capacités militaires et économiques iraniennes, ce que la Chine conteste. Dans les rues de Téhéran, certains habitants regardent vers Pékin avec une certaine attente. «Je pense que la Chine exercera son influence et obtiendra des États-Unis toutes les garanties ou conditions qu’elle estime devoir recevoir», confie un habitant de la capitale iranienne.

Le sommet de jeudi dira si cette fenêtre diplomatique débouche sur quelque chose de concret, ou si les positions restent, comme depuis plusieurs semaines, trop éloignées pour avancer.

Lyes Saïdi

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