Campagne de pêche du thon rouge à Annaba : Un braconnage intense entre Chetaïbi et Cap de Fer
Alors que l’Algérie vient de lancer officiellement sa campagne nationale de pêche au thon rouge avec un quota revalorisé de 2.465 tonnes arraché de haute lutte à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA), des réseaux de braconnage opèrent déjà en toute impunité entre les criques de Chetaïbi et le Cap de Fer, menaçant de saper les efforts consentis pour structurer cette filière stratégique.
Le lancement officiel de la campagne nationale de pêche au thon rouge intervient cette année dans un contexte particulièrement stratégique pour l’Algérie, qui a réussi à récupérer et à revaloriser son quota initial auprès de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA). Porté désormais à 2.465 tonnes, ce quota constitue une avancée majeure pour la filière halieutique nationale et ouvre de nouvelles perspectives économiques à une quarantaine de thoniers algériens engagés dans cette campagne 2026.
Mais alors même que les premières opérations de pêche réglementaire viennent d’être enclenchées, la façade maritime comprise entre les criques rocheuses de Sidi Akacha, dans la commune de Chetaïbi, et le Cap de Fer, relevant de La Marsa, connaît depuis plusieurs jours une recrudescence inquiétante de la pêche clandestine du thon rouge. Profitant de la remontée migratoire du Thunnus thynnus vers le bassin méditerranéen en cette période de reproduction, des réseaux informels multiplient les sorties nocturnes afin d’intercepter les bancs de poissons avant leur capture par la flotte autorisée. Dans cette zone réputée pour sa richesse halieutique et la configuration particulière de ses fonds marins, les bancs de thons sont rabattus vers les côtes, devenant accessibles à de petites embarcations artisanales.
Selon certains observateurs du secteur, les pratiques illégales échappent totalement au cadre réglementaire : palangres dérivantes posées clandestinement de nuit sur les routes migratoires, détournement de filets maillants et exploitation d’embarcations ne disposant d’aucune autorisation pour la pêche pélagique durant cette période sensible. Le poisson capturé alimente ensuite les marchés parallèles et certaines poissonneries de Skikda ainsi que des wilayas de l’intérieur, notamment Guelma et Constantine, où la demande explose à l’approche de l’été. Le kilogramme de thon rouge y est écoulé entre 2.000 et 3.000 DA, souvent sans respect des normes sanitaires élémentaires, notamment en matière de chaîne du froid.
Cette situation survient pourtant au moment où les autorités cherchent à mieux structurer la filière et à préserver cette ressource stratégique à forte valeur marchande. Une grande partie des captures légales de la campagne officielle est destinée soit à l’exportation, soit aux fermes d’engraissement, générant d’importantes recettes en devises pour le pays.
Le Cap de Fer, considéré comme l’un des corridors migratoires les plus sensibles du littoral algérien, constitue un point névralgique de passage du thon rouge entre le golfe de Skikda et la région d’Annaba. Les courants marins puissants et la topographie accidentée de cette bande côtière favorisent les activités de braconnage, d’autant que plusieurs zones restent difficilement accessibles par voie terrestre.
Face à cette menace, le ministère de la Pêche mise cette année sur le renforcement du dispositif de surveillance satellitaire de la flotte hauturière, en coordination avec Algérie Télécom Satellites. Toutefois, sur l’axe La Marsa–Chetaïbi, le véritable défi demeure le contrôle rapproché des débarquements clandestins et des points d’accès isolés utilisés pour les transbordements illégaux. Les garde-côtes et les brigades de la gendarmerie environnementale se retrouvent ainsi en première ligne pour tenter d’endiguer un phénomène qui menace à la fois l’équilibre des quotas, la durabilité de la ressource halieutique et les efforts consentis par l’Algérie pour renforcer sa présence sur le marché international du thon rouge. Car au-delà des profits rapides générés par ces pratiques illicites, c’est tout un enjeu de souveraineté économique et de préservation des richesses maritimes nationales qui se joue désormais au large des côtes de l’Est du pays.
Sofia Chahine

