Retrait de l’Algérie de la liste grise du GAFI : Trois retombées économiques concrètes
L’Algérie vient de franchir un cap décisif dans sa réhabilitation financière internationale. Retirée vendredi dernier de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) à l’issue d’une plénière tenue au siège de l’OCDE à Paris, le pays a obtenu, à l’unanimité des membres, la levée du régime de surveillance renforcée qui pesait sur ses transactions avec le reste du monde. La Banque d’Algérie a qualifié cette décision de « reconnaissance internationale » consacrant « la mise en place d’un dispositif réglementaire multisectoriel moderne et rigoureux ». Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a pour sa part estimé, lors du Conseil des ministres réuni dimanche, que cette décision constitue « une reconnaissance internationale attestant que l’Algérie s’est aujourd’hui, définitivement et de manière irréversible, affranchie de l’ère du blanchiment d’argent et des crimes liés aux mouvements de capitaux ».
Ce retrait n’est pas tombé du ciel. Il sanctionne plusieurs années de réformes profondes engagées dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Le GAFI l’a lui-même précisé dans ses conclusions. La décision fait suite à des « visites concluantes sur place » et à l’achèvement par l’Algérie de son plan d’action « dans les délais impartis ». L’organisation internationale a relevé en particulier les avancées en matière de supervision, notamment l’adoption de nouvelles procédures d’évaluation des risques, la réalisation d’inspections régulières et l’application de sanctions qualifiées d’« efficaces, proportionnées et dissuasives ». Le GAFI a également salué la mise en place d’un cadre pour les informations sur les bénéficiaires effectifs, le renforcement du régime de déclaration des opérations suspectes et l’instauration d’un dispositif de sanctions financières ciblées en matière de financement du terrorisme.
Côté algérien, c’est la Banque d’Algérie qui a piloté cette mise à niveau réglementaire en fédérant les différents acteurs institutionnels au sein du Comité de coordination nationale. L’institution a tenu à rappeler dans une publication diffusée lundi le rôle central joué par ce comité, « afin d’aligner notre cadre légal et opérationnel sur les exigences mondiales les plus strictes ». La délégation algérienne présente à Paris, conduite par le ministre des Finances Abdelkrim Bouzred et le gouverneur de la Banque d’Algérie Mohammed Lamine Lebbou, a souligné que les résultats obtenus constituent « une démonstration concrète de la volonté politique, de l’efficacité des réformes et de l’attachement de l’Algérie au respect des standards internationaux les plus exigeants en matière d’intégrité financière et de transparence économique ».
Les retombées attendues dépassent le seul registre symbolique. La Banque d’Algérie identifie trois effets concrets pour l’économie nationale. En premier lieu, une meilleure fluidité des relations d’affaires à l’international, les opérateurs économiques algériens bénéficient désormais, selon l’institution, d’« une meilleure visibilité à l’international », ce qui « fluidifie et accélère les partenariats commerciaux avec les institutions financières du monde entier ». En second lieu, la banque centrale considère que ce retrait envoie « un signal fort qui encourage les investisseurs internationaux à s’implanter en Algérie et à créer de nouvelles opportunités d’emploi ». Enfin, l’institution évoque une « souveraineté financière consolidée », l’environnement économique algérien étant désormais, à ses yeux, « certifié sans conteste, sécurisé, moderne et hautement compétitif ».
Sur le plan politique, le président Tebboune a tenu à replacer cette avancée dans la trajectoire de redressement engagée depuis son élection. Il a rappelé « que la réputation de l’Algérie avait été fortement entachée sur le plan international en raison des dépassements financiers qui prévalaient avant 2019 », et a chargé les ministres des Finances et de la Justice d’« œuvrer avec rigueur et fermeté à prévenir tout dépassement dans les transactions financières à l’avenir et de garantir la transparence, notamment à la lumière des réformes économiques, financières et judiciaires engagées par l’Algérie depuis 2019 ». Des instructions sans équivoque, qui indiquent que la sortie de liste grise est perçue au sommet de l’État non comme un aboutissement mais comme un seuil à défendre.
Pour la Banque d’Algérie, cette étape est « la réussite d’une dynamique collective et d’une gouvernance rigoureuse ».
Amar Malki

