OIM : Les routes migratoires plus meurtrières que jamais
Le nombre de migrants morts ou disparus sur plusieurs itinéraires d’exil a fortement augmenté au cours des quatre premiers mois de l’année 2026, et ce, en dépit d’un net recul des arrivées irrégulières enregistrées sur de nombreuses routes, selon de nouvelles données publiées mercredi par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ce constat, dressé dans le cadre du dernier « Aperçu mondial des routes migratoires » couvrant la période de janvier à avril 2026, vient confirmer une tendance déjà observée depuis le début de l’année. Sur la route de la Méditerranée orientale, 244 personnes ont perdu la vie sur cette période, soit une hausse vertigineuse de 259 % par rapport aux quatre premiers mois de 2025. De nombreux décès ont été directement liés à des naufrages survenus au large de la Crète. L’OIM précise par ailleurs que plus de la moitié de ces pertes en vies humaines, soit 430 décès, ont été enregistrées au seul mois de janvier, période durant laquelle la tempête Harry avait frappé la région et fortement dégradé les conditions de navigation.
Pour l’Organisation, ces bouleversements ne relèvent pas du hasard. Les conditions météorologiques extrêmes, les conflits en cours, les pressions économiques croissantes ainsi que l’évolution des politiques migratoires des pays de transit et de destination ont contribué à modifier en profondeur les itinéraires empruntés par les migrants, ainsi que les dynamiques de mobilité à l’échelle mondiale.
Face à ces chiffres, la directrice générale adjointe de l’OIM, Ugochi Daniels, a tenu à alerter sur le décalage entre la baisse des arrivées et la réalité du terrain. « Moins d’arrivées ne signifie pas des trajets plus sûrs », a-t-elle averti, appelant à une responsabilité partagée pour sauver des vies, aussi bien sur terre qu’en mer. La responsable onusienne a également insisté sur la nécessité de disposer de données fiables pour orienter l’action, rappelant que près de la moitié des 304 millions de migrants internationaux recensés dans le monde vivent en réalité au sein de leur propre région, pour des raisons de travail, de regroupement familial, d’études ou de sécurité.
Toutes les routes n’ont cependant pas suivi la même évolution. Si les arrivées en Espagne par la Méditerranée occidentale ont bondi de 66 %, à 5 647 personnes, la route atlantique de l’Afrique de l’Ouest a, elle, connu la baisse la plus marquée de tout le continent. Les arrivées vers les Canaries ont chuté de 78 %, à 2 276 personnes seulement. L’OIM relève toutefois que les points de départ continuent de se déplacer plus au sud le long des côtes ouest-africaines, ce qui allonge la durée des traversées maritimes et accroît d’autant les risques encourus par les migrants.
Sur la route orientale de la Corne de l’Afrique, les arrivées au Yémen ont poursuivi leur progression, avec une hausse de 9 %, à 70 200 personnes. À l’inverse, les mouvements vers le nord à travers le redouté passage du Darién, au Panama, ont presque totalement cessé, avec seulement 135 passages recensés sur l’ensemble de la période, confirmant l’effondrement de cette route empruntée ces dernières années par des dizaines de milliers de migrants en direction des États-Unis.
Lyes Saïdi

