Alors que la guerre dans le Golfe maintient la pression sur les marchés : L’Opep+ opte pour le statu quo
Réunis par visioconférence ce dimanche, sept pays de l’Opep+ ont choisi de reconduire leur production pour novembre, alors que la guerre dans le Golfe continue de brider les exportations.
L’Algérie et six autres membres de l’Opep+ ont décidé dimanche de ne rien changer à leur niveau global de production pour le mois de novembre, au terme d’une réunion ministérielle tenue à distance, indique un communiqué du ministère des Hydrocarbures. Une décision de prudence, prise à la lumière des évolutions récentes d’un marché que les conflits régionaux ne cessent de secouer. Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a pris part aux discussions aux côtés de ses homologues de l’Arabie saoudite, de l’Irak, du Kazakhstan, du Koweït, d’Oman et de la Russie. Pour l’Algérie, le plafond demeure donc fixé à 1,007 million de barils par jour le mois prochain. M. Arkab a aussi siégé à la 68e réunion du Comité ministériel conjoint de suivi, qui rassemblait également le Nigeria et le Venezuela. Les travaux ont porté sur le respect des engagements souscrits par les pays participants en juillet et août 2026. Le comité a salué les efforts déployés et rappelé que «le respect rigoureux et durable des décisions collectives constitue un élément essentiel de la coopération» entre les membres.
Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion, l’Opep et ses partenaires ont officialisé la reconduction de leurs objectifs. Reste que ces objectifs relèvent en bonne part de l’arithmétique théorique. Selon des sources industrielles, les producteurs du Golfe travaillent très en dessous de leurs quotas, la guerre menée par Washington et l’entité sioniste contre l’Iran perturbant sans relâche les expéditions. Ces derniers mois, les exportations de la région n’ont atteint que 60 à 80 % de leur niveau habituel. Les données de l’organisation sont parlantes. Les sept principaux membres du groupe ne devraient pomper que 25 millions de barils par jour en août, soit 630 000 de plus qu’en juillet, mais environ 5 millions de moins qu’avant le conflit, en février 2026.
L’instabilité a par ailleurs gelé l’évaluation des capacités de production, étape décisive pour répartir les quotas de 2027. Tant que ce travail n’est pas bouclé, difficile de trancher sur qui produira davantage, d’autant que l’accord de réduction d’environ 2 millions de barils par jour reste en vigueur pour la plupart des membres. Les observateurs n’attendent donc aucun bouleversement avant 2027. Notons que le JMMC, qui surveille le marché sans pouvoir fixer la politique du groupe, avait procédé plus tôt dans la journée à une évaluation complète de l’offre et de la demande mondiales.
La diplomatie pétrolière d’Alger
Dans ce paysage brouillé, la ligne algérienne se lit comme une constante. L’Algérie œuvre de longue date à la stabilité du marché, par le dialogue et la coopération au sein de l’Opep, ce qui lui vaut une reconnaissance internationale. Sa contribution est même présentée comme un modèle de diplomatie pétrolière et de concertation entre producteurs.
Le président Abdelmadjid Tebboune l’a lui-même rappelé lors de son entrevue périodique avec la presse nationale, diffusée samedi soir. Selon lui, tous les acteurs, y compris le secrétaire général de l’Opep, reconnaissent que l’Algérie est «un Etat responsable, à qui l’on ne peut reprocher aucune imprudence sur le marché pétrolier». Il a ajouté que «lorsqu’un consensus se dégage, l’Algérie y adhère afin de contribuer à atténuer l’impact des événements à l’origine des fluctuations du marché pétrolier mondial». Interrogé sur le passage des navires algériens par le détroit d’Ormuz, le chef de l’État a indiqué que leur circulation était normale, expliquant que l’Algérie «n’a de problème avec personne» et que ce passage signifie que «nous partageons la vision des grandes puissances en matière de stabilité du marché pétrolier».
Le satisfecit vient aussi de l’extérieur. En visite à Alger la semaine dernière, à l’occasion des dix ans de l’Accord d’Alger, le secrétaire général de l’Opep, Haitham Al Ghais, a affirmé que l’Algérie «a joué un rôle déterminant et historique qui restera dans les annales du secteur». Il a qualifié ce texte, qui a posé le premier jalon de la Déclaration de coopération de l’Opep+, de «cas d’école historique de la diplomatie énergétique et pétrolière». Pour lui, ce cadre de coopération est aujourd’hui le «principal mécanisme de coordination au service de la stabilité du marché pétrolier mondial».
Alger ne relâche d’ailleurs pas l’effort. Sa présence permanente dans les instances de l’alliance, qu’il s’agisse du suivi des engagements, de l’évaluation du marché ou du groupe des pays qui ajustent volontairement leur production, lui permet de peser sur des décisions prises au gré de la conjoncture économique et des secousses géopolitiques. À l’heure où les quotas disent de moins en moins la réalité des barils, cette constance est bien son meilleur atout.
Amar Malki

