Conflit au Moyen-Orient : Araghchi dénonce des positions américaines « contradictoires »
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a mis en cause mardi les positions américaines dans les négociations en cours entre Téhéran et Washington, dénonçant des exigences qu’il juge « excessives » et des comportements « contradictoires » qui font obstacle à tout règlement durable. Ces déclarations ont été faites lors d’une rencontre à Téhéran avec le ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, en marge d’échanges portant sur la coopération bilatérale irano-pakistanaise et les développements sécuritaires régionaux.
Araghchi a tenu à préciser que l’engagement de l’Iran dans la voie diplomatique « découlait d’une approche responsable », en dépit de « fortes réserves à l’égard du système américain » et des précédents de non-respect des engagements de Washington. Une formule qui résume bien la posture iranienne depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 8 avril, après près de quarante jours de frappes : engagée dans le dialogue, mais sans illusion.
Le contexte dans lequel s’inscrivent ces déclarations est particulièrement tendu. Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir renoncé au dernier moment à une nouvelle attaque contre l’Iran, initialement prévue pour mardi, à la demande des dirigeants du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Tout en se disant optimiste sur les chances d’un accord, Trump avait maintenu une pression explicite, avertissant que les États-Unis restaient prêts à lancer « une attaque totale et à grande échelle contre l’Iran à tout moment » si aucun accord acceptable n’était trouvé. Une posture qui illustre précisément ce que Téhéran désigne comme une contradiction dans l’approche américaine : négocier d’une main, menacer de l’autre.
La seule session de discussion directe entre représentants américains et iraniens a eu lieu le 11 avril à Islamabad. Elle s’est soldée par un échec. Depuis, les positions des deux parties restent très éloignées, en particulier sur le volet nucléaire. Selon l’agence iranienne Fars, Washington exige que l’Iran ne maintienne qu’un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d’uranium hautement enrichi aux États-Unis — des conditions que la presse iranienne a qualifiées d’emblée d’inacceptables. En parallèle, Téhéran réclame le déblocage de ses avoirs gelés à l’étranger et la levée des sanctions qui pèsent sur son économie. Washington aurait refusé de débloquer ne serait-ce qu’une fraction de ces avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis pendant la guerre.
Sur le plan militaire, la situation reste explosive. Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi Aliabadi, a mis en garde les États-Unis et leurs alliés contre toute nouvelle « erreur stratégique et de calcul ». Le porte-parole de l’armée iranienne, Mohammad Akraminia, a été plus explicite encore, avertissant que si une nouvelle agression était commise contre l’Iran, « de nouveaux fronts » seraient ouverts. Du côté américain, le chef du commandement central (CentCom), Brad Cooper, a affirmé devant la Chambre des représentants que l’opération « Fureur épique » avait détruit 90 % de la base industrielle de défense iranienne et que l’Iran ne serait pas en mesure de reconstituer ses capacités en missiles balistiques et drones avant plusieurs années.
Le Qatar, qui joue un rôle de médiateur actif, a estimé de son côté que les efforts diplomatiques nécessitaient « plus de temps » pour aboutir. Une formule prudente qui dit, sans le dire, que les discussions n’ont pas avancé. L’éventualité d’une mission de l’OTAN dans le détroit d’Ormuz a par ailleurs été évoquée, le commandant suprême de l’Alliance en Europe indiquant qu’une telle décision relèverait du politique et non du militaire.
Lyes Saïdi

