Saidal : L’unité de Médéa au cœur de la reconquête industrielle
Après plus de vingt ans d’arrêt, le complexe de Médéa reprend du service. La remise en marche de son unité de distillation de solvants marque une étape importante dans le projet de relance de la production nationale de matières premières destinées aux antibiotiques.
Au-delà de la réhabilitation d’un outil industriel historique, Saidal engage une nouvelle étape dans la reconquête d’un segment stratégique, longtemps tributaire des approvisionnements extérieurs. C’est un redémarrage qui revêt une portée à la fois industrielle, économique et stratégique. Ainsi, jeudi dernier, le groupe pharmaceutique public Saidal a remis en service l’unité de distillation de solvants de son complexe de Médéa, à l’arrêt depuis plus de deux décennies. Cette opération constitue une étape préparatoire au lancement de la production de matières premières pharmaceutiques destinées à la fabrication d’antibiotiques, notamment la pénicilline G et ses dérivés. Au cœur de cette relance figure la distillation de l’acétate de butyle, un solvant utilisé dans le processus de fabrication de ces substances pharmaceutiques. La remise en marche de cette installation doit permettre de rétablir une partie du dispositif industriel nécessaire à la production locale de principes actifs. Pour Saidal, l’enjeu est désormais de transformer cette reprise technique en une véritable dynamique de production, susceptible de contribuer à la réduction de la dépendance du pays aux importations. Cette relance intervient dans un contexte où la maîtrise des approvisionnements pharmaceutiques constitue un enjeu majeur de politique industrielle. La facture des importations d’antibiotiques, estimée à au moins 75,4 milliards de dinars par an selon des données communiquées précédemment par le ministère de l’Industrie pharmaceutique et Saidal, illustre le poids économique de cette dépendance. La production nationale de matières premières pourrait ainsi ouvrir des perspectives de substitution aux importations, tout en renforçant la sécurité d’approvisionnement du marché algérien. Une telle orientation est susceptible de réduire l’exposition de l’industrie nationale aux fluctuations des prix internationaux, aux contraintes logistiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
La remise en service de l’unité de distillation s’inscrit dans un programme plus large de réhabilitation du complexe de Médéa, qui abrite des installations historiques du groupe public. Relancée en 2024, l’infrastructure fait l’objet d’un suivi particulier des responsables de Saidal. On rappelle qu’en août dernier, son directeur général, Younes Bouarara, s’était rendu sur le site afin de s’enquérir de l’état d’avancement des opérations et de l’évolution du projet. La priorité accordée à cette installation par les pouvoirs publics témoigne de l’importance stratégique attribuée au développement d’une industrie pharmaceutique moins dépendante de l’extérieur.
Cette opération s’inscrit dans une stratégie de repositionnement industriel. Le groupe entend renforcer ses capacités de production, développer son savoir-faire technologique et élargir progressivement son portefeuille de produits. La production locale de principes actifs représente, dans cette perspective, un levier de consolidation de ses activités et un moyen de renforcer son rôle dans la politique nationale de sécurité pharmaceutique. D’ailleurs, l’ambition ne se limite pas à la couverture du marché intérieur. À terme, la montée en puissance de l’appareil productif pourrait également ouvrir des perspectives à l’exportation.
Sofia Chahine

