Économie

Le patron de l’OPEP à Alger : Une visite sur fond de dialogue sur la crise énergétique

Haitham Al Ghais a entamé samedi une visite de quatre jours en Algérie. Le rendez-vous tombe pile dix ans après l’Accord d’Alger, ce texte qui a posé les bases de l’OPEP+.

Le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole a posé le pied en Algérie ce samedi pour un séjour de travail de quatre jours, sur invitation du ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab. Ce déplacement arrive à un moment où rien n’est calme sur le marché pétrolier. Le baril de Brent navigue depuis des semaines entre 95 et 110 dollars, avec des sursauts violents d’une séance à l’autre, dans un contexte que l’Agence internationale de l’énergie a qualifié de plus grave perturbation de l’approvisionnement mondial jamais enregistrée. Depuis fin février, la guerre au Moyen-Orient a mis à l’arrêt une bonne partie des exportations du Golfe, le détroit d’Ormuz ayant été de facto fermé pendant plusieurs semaines avant une réouverture partielle et fragile. Les tensions entre les Houthis et l’Arabie saoudite continuent aujourd’hui de peser sur les capacités d’exportation de la région, et aucune avancée diplomatique n’a été enregistrée entre Washington et Téhéran lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies.

C’est dans ce climat que M. Al Ghais rencontrera plusieurs hauts responsables algériens, à commencer par M. Arkab, pour évoquer les développements du secteur des hydrocarbures et les perspectives d’un marché mondial qui reste, selon les mots du ministère, sous le signe de la volonté commune d’assurer sa stabilité.

La visite prend une dimension supplémentaire car elle coïncide avec le dixième anniversaire de l’Accord d’Alger, adopté en 2016 et resté depuis un jalon dans la gouvernance pétrolière internationale. Ce texte n’a pas seulement contribué à rééquilibrer un marché alors saturé de stocks. Il a surtout ouvert la voie à une coopération inédite entre l’OPEP et des producteurs qui n’en faisaient pas partie, la Russie en tête, à travers la Déclaration de coopération qui rassemble aujourd’hui vingt-quatre pays. Deux structures nées de cet accord, le Comité ministériel conjoint de suivi et le Comité technique de suivi, permettent depuis dix ans d’observer en continu l’évolution de l’offre et de la demande. L’Algérie y siège en membre actif.

Cette architecture a déjà fait ses preuves, en particulier pendant l’effondrement de la demande provoqué par la pandémie de Covid-19 en 2020, quand l’OPEP+ avait dû improviser des ajustements de production sans précédent pour éviter la saturation totale des capacités de stockage mondiales.

Dix ans plus tard, Alger reste sur le terrain. Le pays fait partie des sept membres disposant d’une capacité d’ajustement volontaire de leur production, aux côtés de l’Arabie saoudite, de la Russie, de l’Irak, du Koweït, du Kazakhstan et d’Oman. Un groupe qui, en pleine incertitude géopolitique, continue de privilégier une méthode prudente, fondée sur une lecture régulière du marché avant toute décision collective plutôt que sur des annonces spectaculaires.

Le ministère des Hydrocarbures présente ce déplacement comme le reflet de la qualité des relations entre l’Algérie et l’organisation, et de la volonté commune de faire vivre le dialogue entre pays membres et non membres de l’OPEP. Une manière aussi de rappeler qu’au cœur d’une crise énergétique que plusieurs analystes comparent déjà aux chocs pétroliers des années 1970, le compromis diplomatique conclu à Alger il y a dix ans reste la référence que pour tenir ses membres autour de la même table et pour stabiliser le marché du pétrole.

Amar Malki

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