Économie

Le SITEV célèbre ses 25 ans avec une participation record : Un regard neuf sur le tourisme algérien

La 25e édition du Salon international du tourisme et des voyages (SITEV) ouvre ses portes ce lundi au Palais des expositions des Pins Maritimes d’Alger, avec plus de 450 exposants représentant 41 pays et la République du Tchad comme invitée d’honneur. L’événement, placé sous le slogan « Algérie, un tourisme authentique et un développement durable », se tient du 18 au 21 mai et doit refléter une mue dans la manière dont les pouvoirs publics entendent positionner la destination Algérie, aussi bien à l’intention des voyageurs étrangers que des millions d’Algériens qui choisissent encore de partir en vacances à l’étranger. Le commissaire du Salon, Djaffar Bouslimani, a qualifié cette édition d’« exceptionnelle » dans une déclaration à l’APS, en soulignant que le volume de participation — nationaux et internationaux confondus — dépasse toutes les éditions précédentes. La présence de 50 start-up spécialisées dans la promotion numérique des produits touristiques algériens constitue l’une des nouveautés les plus notables de cette édition. Ces entreprises auront pour mission, selon M. Bouslimani, de « présenter et proposer différentes solutions et offres destinées aux organismes activant dans le domaine du tourisme ». Le commissariat a également lancé une plateforme numérique dédiée au Salon, en remplacement du site classique, pour permettre « une interaction directe entre les exposants, les différentes structures touristiques, et les agences de tourisme et de voyages, afin de créer des opportunités de partenariat prometteuses à l’avenir ».

Derrière le slogan affiché, il y a une orientation politique clairement assumée. Interrogé dimanche sur l’émission « L’invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Djaffar Bouslimani a explicitement rejeté le modèle du tourisme de masse, en prenant pour contre-exemple des destinations arabes dont il n’a pas cité le nom mais dont l’évolution récente est bien connue. « Nous avons vu certains pays arabes, entre parenthèses, ce qu’il est devenu de leur tourisme. Un tourisme de masse qui ne respecte ni les cultures, ni les traditions, ni même les mœurs que vous et moi pouvons tolérer », a-t-il déclaré. Le modèle que l’Algérie entend défendre est différent : un tourisme ancré dans le patrimoine, respectueux des traditions locales et sobre dans sa consommation des ressources naturelles.

Ce positionnement n’est pas qu’une posture. Il répond aussi à un problème concret que le commissaire du Salon a formulé avec une franchise inhabituelle dans ce type d’exercice de communication officielle. « Honnêtement, ça me frustre de voir plus de deux millions d’Algériens partir passer les vacances d’été dans un pays voisin », a-t-il confié, avant d’ajouter : « Maintenant, on doit se remettre en cause pour savoir pourquoi ils partent là-bas, même si cette année je pense que l’ensemble des gens qui activent dans le domaine du tourisme se sont remis en cause en termes de qualité de service et de prestations ». Cette autocritique du secteur, formulée à la veille de l’ouverture du Salon, dit quelque chose sur l’état d’esprit qui préside à cette édition : moins de célébration, plus de pragmatisme.

En amont de l’ouverture officielle, le commissariat a organisé un voyage d’exploration — un « Eductour » dans le jargon professionnel du secteur — au profit de représentants de 59 pays, parmi lesquels des journalistes étrangers et des tour-opérateurs internationaux. Ce circuit les a conduits dans les wilayas d’Alger, d’Annaba, d’Oran et de Tlemcen, avec des étapes dans des sites emblématiques comme la Casbah d’Alger et la Grande Mosquée. L’objectif affiché est de faire voir à des professionnels étrangers ce que l’Algérie a à offrir, bien avant qu’ils n’en aient entendu parler par d’autres canaux. Le bilan de ce tour préliminaire, selon M. Bouslimani, est encourageant. « Tous les participants sont émerveillés, alors qu’ils ne connaissent pas les fins fonds de l’Algérie, ses montagnes et son désert. Mais, de ce qu’ils ont vu, tout le monde est unanime à dire que l’Algérie possède un potentiel extraordinaire en matière de tourisme », a-t-il indiqué, avant de préciser : « En tant que professionnels de ce secteur, cela nous encourage à mettre en place des stratégies pour attirer ces touristes vers l’Algérie, sans oublier le tourisme local bien évidemment ».

Le programme du Salon intègre également des guides touristiques formés dans le cadre d’une convention entre les ministères du Tourisme et de l’Artisanat, et de la Formation et de l’Enseignement professionnels. Leur présence tout au long des quatre jours de manifestation vise à illustrer concrètement l’effort de professionnalisation du secteur. À l’occasion de la saison estivale 2026, plusieurs offres touristiques à des prix compétitifs seront annoncées pendant le Salon, ciblant les familles et la communauté nationale établie à l’étranger — un segment que les opérateurs locaux cherchent à reconquérir avant que les destinations concurrentes ne prennent de l’avance.

Amar Malki

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