Elle vise l’exportation de 15.000 mégawatts : L’Algérie se pose en pôle électrique régional
À l’occasion de l’inauguration de deux nouvelles centrales photovoltaïques dans le sud-est du pays, le ministre de l’Énergie a fixé lundi un cap inédit : faire de l’Algérie un exportateur net d’électricité à grande échelle, avec un objectif de 15.000 mégawatts destinés aux marchés africains et européens.
C’est dans la commune d’El Ghrous, wilaya de Biskra, que Mourad Adjal a prononcé lundi cette déclaration d’ambition, en marge de l’inauguration d’une centrale solaire de 200 mégawatts. Une deuxième installation, de même capacité, a été mise en service le même jour à Tendla, dans la wilaya d’El Meghaïer. Ensemble, ces deux unités portent à 400 mégawatts la puissance nouvellement injectée dans le réseau national. Le ministre a situé ces réalisations dans le cadre du programme présidentiel : elles «s’inscrivent dans le cadre de cette phase qui figure au programme du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, en matière d’énergie».
L’Algérie, a affirmé Adjal, est «devenue un pôle important dans le domaine de l’énergie sur le continent africain» et «est aujourd’hui en mesure d’exporter de grandes quantités d’électricité». L’objectif à long terme est explicite : dépasser les 15.000 mégawatts exportés. La première phase du programme, «lancée effectivement il y a deux ans», vise une production de 3.200 mégawatts — dont les centrales inaugurées ce lundi constituent une tranche. Pour acheminer cette électricité vers les marchés extérieurs, l’Algérie travaille sur les infrastructures de transport. Le ministre a indiqué que le pays «s’active avec des partenaires en Afrique et en Europe pour la réalisation d’un câble sous-marin permettant d’exporter d’importantes quantités de cette énergie». Le projet de câble électrique sous-marin vers l’Europe — dont la ligne Nigeria-Niger-Algérie-Europe dite TRANSCAP, et le corridor Algérie-Italie Elmed, représentent les axes structurants — s’inscrit dans une dynamique régionale plus large, où l’Algérie cherche à valoriser son excédent de production solaire au-delà de ses frontières.
L’argumentaire du ministre ne se limite pas au seul volet exportation. Adjal a défendu l’intérêt multidimensionnel de ces centrales : elles constituent, selon lui, «un atout majeur dès lors qu’elles renforcent le réseau électrique national, contribuent à la production d’une énergie verte exportable, réduisent les émissions de dioxyde de carbone, limitent l’utilisation des combustibles fossiles et permettent de dégager d’importantes quantités de gaz qui seront destinées à l’exportation». L’équation est donc double : produire de l’électricité verte pour l’exporter, et libérer du gaz naturel — jusqu’ici mobilisé pour la production d’électricité domestique — afin de l’orienter vers les marchés internationaux.
Sur le plan de la couverture nationale, Biskra illustre les progrès enregistrés. Le taux d’électrification de la wilaya atteint près de 90 %, contre une moyenne nationale estimée à 75 %. Plus de 13.000 exploitations agricoles sur 16.000 sont raccordées au réseau. La wilaya dispose d’une capacité installée supérieure à 1.280 mégavolt-ampères, dont «seulement 51 % sont exploités», ce qui traduit, aux yeux du ministre, «l’autosuffisance énergétique de la wilaya». Sonelgaz poursuit ses travaux de renforcement des réseaux en coordination avec les autorités locales.
Amar Malki

