Maroc : Des responsables de la sécurité et des douanes impliqués dans un vaste réseau de trafic de cannabis vers l’Europe
Une affaire portant sur le passage d’une importante cargaison de cannabis par le poste-frontière de Bab Sebta a révélé l’implication de responsables et d’agents marocains de la sécurité et des douanes dans un réseau criminel lié au trafic international de stupéfiants vers l’Europe, mettant une nouvelle fois en lumière l’infiltration de la criminalité organisée au sein d’appareils censés protéger les frontières du royaume. Selon des sources médiatiques, les responsables mis en cause font face à de graves accusations, notamment d’abus d’influence et d’entente en vue de commettre des actes contraires à la loi, ainsi qu’à des infractions prévues par la législation relative aux stupéfiants et aux douanes. Le dossier concerne au total 16 personnes, parmi lesquelles des responsables et des agents des services de sécurité et des douanes. La gravité de l’affaire tient à la nature même de l’opération. Une cargaison de près de 600 kilogrammes de cannabis a en effet réussi à franchir un point de contrôle marocain en direction de la ville espagnole de Ceuta. Le quotidien espagnol El Faro de Ceuta a précisé que le véhicule transportant la drogue avait franchi le côté marocain avec la complicité de responsables, avant que les autorités espagnoles n’interviennent et ne découvrent la cargaison lors de la vérification des documents. Ces éléments montrent que l’opération ne relevait pas de la seule activité de trafiquants extérieurs aux institutions de l’Etat, mais impliquait directement des agents des services censés lutter contre ce type de trafic. Cette présence de responsables de la sécurité et des douanes dans un dossier lié au passage d’une importante cargaison vers l’Europe illustre, selon les médias marocains et espagnols, la capacité des réseaux de criminalité organisée à atteindre des positions sensibles au sein du dispositif de contrôle frontalier.
La portée de l’affaire dépasse le seul poste de Bab Sebta. Le volume de la cargaison suppose l’existence d’un réseau aux ramifications transfrontalières, nécessitant moyens de transport, coordination et sécurisation des itinéraires. Toute complicité avérée à l’intérieur des dispositifs de contrôle confère à ces réseaux une capacité accrue à atteindre le territoire européen.
Ce dossier intervient alors que le Makhzen cherche à présenter ses services de sécurité comme un partenaire essentiel de l’Europe dans la lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée. La multiplication d’affaires impliquant des fonctionnaires ou des agents de la sécurité et des douanes dans des dossiers liés aux stupéfiants met toutefois en évidence un décalage persistant entre ce discours officiel et la réalité révélée par les procédures judiciaires. L’affaire de Bab Sebta s’inscrit dans une série d’épisodes ayant, ces dernières années, jeté le doute sur les liens entre réseaux de trafic et certains cercles d’influence au Maroc, à l’image de l’affaire dite de « l’Escobar du Sahara », qui avait impliqué des personnalités politiques, des hommes d’affaires et des responsables dans des dossiers de trafic international de stupéfiants et de corruption. La découverte d’un tunnel reliant le Maroc à Ceuta avait également révélé l’activité d’un réseau transfrontalier et suscité des interrogations sur d’éventuelles complicités au sein des services de contrôle.
R.I.

