Haut Commissariat à l’amazighité : Un ouvrage sur l’histoire de « Kassaman » publié en Tamazight
À l’occasion du 49e anniversaire de la disparition de Moufdi Zakaria, le Haut Commissariat à l’amazighité a présenté une traduction en langue amazighe de l’ouvrage consacré à l’histoire de l’hymne national. Un geste symbolique qui vient enrichir les travaux du Colloque international sur la culture de la résistance et rappeler la place du « Kassaman » dans la mémoire nationale. Le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) a marqué, dans un communiqué publié sur ses réseaux, le 49e anniversaire de la disparition du poète de la révolution Moufdi Zakaria, décrit comme celui qui a fait de « la parole une arme et de la poésie un carburant pour l’esprit de la résistance », immortalisant à travers son épopée « Kassaman » et « L’Iliade de l’Algérie » la mémoire du combat contre le colonialisme. Selon le texte, l’institution a profité de cette date pour annoncer, dans le cadre du programme officiel du Colloque international sur la culture de la résistance, la parution d’un ouvrage traduisant en tamazight le livre du chercheur Mohamed Lahcen Zeghidi, intitulé « Le Hymne national et son parcours historique, à l’occasion de son 70e anniversaire ». Le communiqué précise que la traduction a été assurée par les enseignants Ali Lounis, Beldjoudi Abdelmalek et Hafid Hajou.
Mohamed Lahcen Zeghidi n’est pas un inconnu pour les Algériens attachés à l’histoire de leur mémoire collective. Coordinateur de la Commission nationale de l’histoire et de la mémoire, il a consacré cet ouvrage à retracer, étape par étape, la genèse du texte que chantent aujourd’hui près de 45 millions d’Algériens. Lors de ses interventions publiques, l’universitaire a rappelé que le « Kassaman » demeure « un ciment fédérateur de toutes les composantes du peuple algérien », porteur d’une symbolique et d’une fidélité aux valeurs de la révolution du 1er novembre 1954. Il le considère comme l’un des hymnes nationaux les plus puissants au monde, dans la mesure où il symbolise l’une des plus grandes révolutions de l’histoire de l’humanité. L’histoire du texte est elle-même chargée de mémoire. C’est en avril 1956, à la demande d’Abane Ramdane, que Moufdi Zakaria compose « Kassaman » alors qu’il est détenu à la prison de Barberousse, quelques jours avant la tenue du congrès de la Soummam. Le poème sera ensuite mis en musique à plusieurs reprises, d’abord par le compositeur tunisien Mohamed Triki, avant que la version définitive ne soit confiée au musicien égyptien Mohamed Fawzi. Abane Ramdane souhaitait que la mélodie porte un souffle proche du chant révolutionnaire « Min Jibalina », capable de mobiliser les foules. Adopté comme hymne national dès l’indépendance, le « Kassaman » reste depuis lors chanté dans les écoles, les cérémonies officielles et les stades, transmettant de génération en génération le serment gravé dans ses vers.
Né en 1908 à Béni Isguen, dans la vallée du M’Zab, Moufdi Zakaria, de son vrai nom Zakaria Ben Slimane, a traversé les geôles coloniales avant de rejoindre le combat pour l’indépendance. Emprisonné à trois reprises entre 1937 et 1946, puis incarcéré à Barberousse en 1955, il y écrit son hymne dans des conditions de détention éprouvantes. Il meurt le 17 août 1977 à Tunis, des suites d’une crise cardiaque après un pèlerinage à La Mecque, et repose depuis dans sa ville natale de Béni Isguen, à Ghardaïa.
En choisissant de traduire en tamazight le travail de Zeghidi, le HCA inscrit sa démarche dans une double logique, celle de la transmission mémorielle et celle de l’ouverture linguistique d’un patrimoine sont attachés l’ensemble des Algériens. Une manière, pour l’institution, de rappeler que le serment du « Kassaman » appartient à toutes les composantes culturelles et linguistiques de la nation algérienne.
Mohand S.

