Culture

11e édition du Festival culturel national de la création féminine: Quand les doigts des femmes retissent la mémoire

Du 8 au 12 octobre, la Villa Boulkine, siège du Musée africain d’Alger, se met à l’heure des fuseaux, des aiguilles et des tours de potier. Sous le patronage de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, la 11e édition du Festival culturel national de la création féminine part à la rescousse de métiers et de coutumes menacés d’oubli, sous le thème « Métiers et coutumes oubliés ». Présenté samedi par le commissaire Sid Ali Benmerabet, le rendez-vous s’offre pour devise « Quand l’artisanat revient, les racines se renouvellent ». Quelque 80 exposantes, venues de treize wilayas, de Khenchela à Tamanrasset, de Tlemcen à Tizi Ouzou, en passant par Ghardaïa, Adrar ou Oran, feront de la villa un atlas vivant du savoir-faire national. Tapis de Guergour et de Babar, broderie, poterie, cuir, teinture naturelle, distillation, bijoux, tenues traditionnelles, la laine y croise l’argile, l’aiguille y répond au pinceau. Le cœur battant du festival sont les « ateliers vivants », où artisanes et artistes dévoilent leurs gestes en direct. Car sauver un héritage ne consiste pas seulement à mettre des objets à l’abri,  il faut aussi passer le relais des secrets et des tours de main. Dans le même esprit, trois écoles d’art rejoignent l’aventure, histoire de rapprocher les bancs de la formation de la mémoire des aïeules.

La scène n’est pas en reste. Les voix de Houria Aïchi, Beihdja Rahal et Leïla Borsali donneront à l’événement sa bande-son, tandis que Yasmina Sellam portera haut les couleurs de la cuisine patrimoniale. Beihdja Rahal animera aussi une masterclass sur la nouba à l’Institut national supérieur de musique. D’autres ateliers feront revivre les danses oubliées, le crochet ou le design d’intérieur algérien, et initieront les artisanes au marketing numérique, sous la conduite de Leila Assas, pour que le fil d’antan trouve sa toile en ligne. Côté réflexion, des rencontres sonderont les arts culinaires, le chant et la danse féminins, la femme et le soufisme ou encore les traditions de l’Est algérien.

Les curieux auront de quoi s’émerveiller. Un espace muséal dévoilera pour la première fois des tenues d’exception des XVIIe et XIXe siècles, tirées de collections privées. Le 10 octobre, la Cinémathèque d’Alger projettera « Ta3azit », d’Arinas Kaouther Dernouni, et « Ticrad », d’Idir Benchabane. Autre nouveauté de l’édition, la plateforme « BeDjazairi », réalisée avec l’entreprise Pixadel, recensera les artisans qui produisent des créations algériennes authentiques et labellisées. Le festival tendra aussi la main à la société, avec des visites dans des maisons de retraite et auprès d’enfants et de personnes à besoins spécifiques, dont des enfants malvoyants, aux côtés de Cabti Hikayati, structure engagée pour les sites historiques oubliés. Au bout du fil, une conviction s’affiche, la culture se tisse à plusieurs voix, entre les générations.

Mohand S.

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